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Percarbonate de sodium : ce qu’il blanchit, sur quel linge, et ses dangers

Une mesurette remplie de poudre blanche posée sur un tas de poudre

Une poudre blanche qui, dans l’eau, libère de l’eau oxygénée et du carbonate de sodium : un agent de blanchiment « à l’oxygène » pour le linge. Elle est très irritante pour les yeux.

Percarbonate de sodium, surface par surface

SurfaceVerdictPourquoi
Linge blanc en coton ou en linOuiSi l’étiquette autorise le blanchiment : triangle vide, ou triangle barré de deux traits obliques.
Linge de couleur grand teintPrudenceAutorisé par le triangle à deux traits obliques ; testez d’abord sur une couture cachée.
LaineNonAucun agent de blanchiment sur la laine, ni chloré ni oxygéné.
SoieNonFibre animale fragile, comme la laine : pas de blanchiment sans autorisation écrite sur l’étiquette.
Tout textile marqué d’un triangle barré d’une croixNonCe symbole exclut tout blanchiment, y compris à l’oxygène.

Ne jamais mélanger avec

  • L’eau de Javel et les autres produits ménagers : pas de « recette » combinée, les centres antipoison mettent en garde contre ces mélanges faits maison.
  • Les matières combustibles, au rangement : c’est un comburant, qui peut provoquer un incendie à leur contact.

Parmi les produits de base du placard, le percarbonate est celui qui sert à blanchir le linge : c’est son usage principal, dans les lessives comme en poudre pure. C’est aussi un produit à manier avec soin, car il est très agressif pour les yeux. Les deux vont ensemble.

Qu’est-ce que le percarbonate de sodium ?

Son nom chimique dit tout : c’est du carbonate de sodium qui a fixé de l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène). Pur, il en contient environ un tiers. Il se présente en poudre ou en microbilles blanches. On le trouve dans les lessives en poudre et les produits pour lave-vaisselle, et il se vend aussi pur, comme additif de lavage.

Attention au vocabulaire. On l’appelle parfois « percarbonate de soude », et l’Anses rappelle que le mot « soude » recouvre quatre produits très différents :

Nom sur l’emballage Ce que c’est Danger principal
Percarbonate de soude ou de sodium carbonate de sodium et eau oxygénée très irritant pour les yeux
Cristaux de soude carbonate de sodium très irritant, surtout pour les yeux
Soude caustique hydroxyde de sodium corrosif pour la peau et les yeux
Bicarbonate de soude hydrogénocarbonate de sodium n’a pas les propriétés corrosives et irritantes des trois autres

Le bicarbonate de soude n’est donc pas un percarbonate « doux » : c’est un autre produit, qui ne blanchit pas.

Autre piège : tous les « détachants à l’oxygène » ne sont pas du percarbonate pur. Le dossier de l’OCDE relève des teneurs de 20 à 56 % dans les additifs de lavage, de 65 à 85 % dans certains produits dits « boosters », et le produit pur à 100 %, vendu tel quel. Lisez la composition : la dose efficace n’est pas la même.

Comment agit l’oxygène actif ?

Dans l’eau, le percarbonate se dissout vite et se sépare en ses deux composants :

  • l’eau oxygénée, qui blanchit par oxydation : c’est « l’oxygène actif » des emballages ;
  • le carbonate de sodium, qui rend l’eau nettement alcaline (un pH d’environ 10,5 pour une solution à 1 %).

L’eau oxygénée finit par se décomposer en eau et en oxygène. Cette décomposition s’accélère avec la chaleur, avec l’humidité, au contact de matières organiques ou de certains métaux. Deux conséquences pratiques :

  1. L’eau chaude le rend plus actif, ce qui explique qu’on conseille souvent de l’employer à chaud. La limite, c’est la température autorisée par l’étiquette du textile, jamais celle de l’emballage de poudre.
  2. Une solution ne se garde pas. Dans un essai rapporté par l’OCDE, une solution à 0,5 % préparée à l’eau du robinet avait perdu plus de la moitié de son oxygène actif en 24 heures. Préparez-la au moment de l’emploi, et jetez le reste.

Sur le linge, il blanchit les blancs, avive les couleurs qui le supportent et élimine une partie des odeurs.

Sur quel linge utiliser le percarbonate ?

Tout se joue sur l’étiquette d’entretien, et plus précisément sur le triangle. Selon le guide du CTTN, le blanchiment désigne l’emploi d’un agent oxydant, chloré ou oxygéné : le percarbonate est donc concerné.

Symbole Ce qu’il permet
Triangle vide tout agent de blanchiment, percarbonate compris
Triangle barré de deux traits obliques uniquement un agent oxygéné, non chloré : c’est le cas du percarbonate
Triangle barré d’une croix aucun blanchiment : pas de percarbonate

Et si l’étiquette ne montre aucun triangle ? Le guide précise qu’en l’absence de symbole, tout traitement correspondant est permis. Restez tout de même prudent avec les couleurs et testez sur une couture. Pour lire le reste de l’étiquette, voyez notre article lire une étiquette d’entretien.

Les fibres à exclure. La Woolmark Company, organisme de la filière laine, est formelle : jamais d’agent de blanchiment sur la laine, ni chloré, ni oxygéné, et pas de lessive qui en contient. La soie est, comme la laine, une fibre animale : sans autorisation explicite de l’étiquette, abstenez-vous.

Le coton et le lin blancs sont son terrain naturel, dans le respect de leur étiquette. Le lin a ses propres exigences de lavage : voyez notre fiche lin.

Comment l’utiliser sans risque

  1. Protégez vos yeux. C’est le point qui compte. Les essais rapportés par l’OCDE montrent que la poudre est très irritante pour l’œil et peut y laisser des lésions durables si elle n’est pas rincée ; l’Anses la décrit comme très irritante pour les yeux. Versez-la doucement, sans la faire voler, et portez des lunettes si vous en manipulez beaucoup.
  2. Portez des gants. La poudre est légèrement irritante pour la peau.
  3. Dosez selon l’emballage, sans forcer la dose.
  4. Préférez une bassine en plastique à un seau en métal, puisque certains métaux accélèrent sa décomposition.
  5. Rincez le linge normalement, puis lavez-le selon son étiquette.

En cas de projection dans les yeux ou d’ingestion, appelez sans attendre un centre antipoison, ou le 15 en cas de détresse.

Comment le ranger

Les fabricants le classent comme comburant, nocif en cas d’ingestion et à risque de lésions oculaires graves. D’où trois règles :

  • Au sec et au frais, boîte bien fermée : l’humidité et la chaleur déclenchent sa décomposition, qui libère de l’oxygène et de la chaleur.
  • Loin de toute matière combustible : papier, chiffons, produits inflammables.
  • Dans son emballage d’origine, hors de portée des enfants. Jamais dans un bocal alimentaire : l’Anses rappelle qu’un produit transvasé dans un contenant sans étiquette est une cause d’accidents graves chez les enfants.

Ne l’associez à aucun autre produit ménager, eau de Javel comprise : notre article sur les mélanges de produits ménagers à ne jamais faire explique pourquoi les « recettes » combinées sont à proscrire.

Et pour l’environnement ?

C’est l’un de ses rares avantages incontestés. Selon l’évaluation de l’OCDE, l’eau oxygénée qu’il libère se dégrade rapidement en station d’épuration biologique, en eau et en oxygène, et le carbonate y est neutralisé. Ni l’un ni l’autre ne s’accumule dans les organismes. Cela ne dispense pas de doser juste : ce qui est versé en trop part simplement à l’égout.

Le percarbonate, c’est de l’eau oxygénée en poudre : redoutablement utile pour le linge blanc, redoutable pour les yeux.

D’où vient ce qu’on avance

  1. OCDE, programme d’évaluation des produits chimiques (publication PNUE) — SIDS Initial Assessment Report : Sodium percarbonate, CAS n° 15630-89-4 (SIAM 20, 2005)
  2. Anses et centres antipoison — Vigil’Anses n° 25, « Do-It-Yourself ou Don’t do it yourself : méfiez-vous de certaines recettes » (mai 2025)
  3. CTTN-IREN (centre technique de l’entretien des textiles) — Symboles d’entretien : guide
  4. The Woolmark Company (organisation professionnelle de la laine) — Best detergent to use when washing wool