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Mélanges de produits ménagers dangereux : ceux à ne jamais faire

Une main gantée de rose tient un pulvérisateur jaune sans étiquette, sur fond vert d’eau

Un produit ménager est conçu pour être utilisé seul, dans son flacon, selon son étiquette. Bon nombre des accidents que décrivent les centres antipoison commencent par une entorse à cette règle : deux produits réunis pour « aller plus vite », ou un produit versé dans une bouteille qui n’était pas la sienne. Voici ce que disent leurs données, et rien de plus.

Eau de Javel et vinaigre : le « coup de chlore »

C’est le mélange le plus documenté. L’eau de Javel mise en présence de vinaigre, ou de tout autre acide, libère très rapidement du chlore gazeux. L’Anses précise que la chaleur (de l’eau chaude ajoutée) et les produits concentrés aggravent ce dégagement.

Ce mélange circule sous deux formes :

  • le désherbant maison, depuis que certains désherbants ont disparu des rayons grand public en 2019 ;
  • le nettoyant détartrant pour salle de bains, où l’on applique la Javel puis le vinaigre, l’un après l’autre. Sur la même surface, cela revient à les mélanger.

Les chiffres sont parlants. Entre 2001 et octobre 2022, les centres antipoison ont recensé 204 personnes ayant inhalé du chlore après un tel mélange pour désherber, dont près de 80 % depuis 2019. Le mélange Javel et vinaigre représentait les trois quarts des cas ; venaient ensuite la Javel avec l’acide chlorhydrique, puis avec d’autres acides (sulfurique, phosphorique).

Les symptômes : une toux dans plus de huit cas sur dix, une gêne respiratoire dans la moitié des cas, parfois une véritable crise d’asthme. Un cas sur cinq était d’une gravité moyenne ou forte, et quatre personnes ont gardé des séquelles respiratoires. Les fumeurs et les personnes asthmatiques étaient les plus exposés aux formes graves. Dans un pulvérisateur sous pression, s’ajoute un risque d’explosion.

Eau de Javel et ammoniaque : les chloramines

Deuxième association à proscrire : l’ammoniaque puis l’eau de Javel, parfois conseillées ensemble pour nettoyer et détartrer une salle de bains. Le mélange libère des chloramines, toxiques pour les poumons, avec les mêmes symptômes que le chlore et la même nécessité d’une prise en charge en urgence. Dans une pièce peu ou pas aérée, l’exposition est plus forte.

L’ammoniaque, seule, n’est déjà pas anodine : elle est corrosive pour la peau et les yeux. Or elle a de nombreux usages domestiques, comme détergent, décapant ou détartrant. Regardez donc la composition de chaque produit avant de l’utiliser dans la même pièce qu’une Javel.

Et les autres mélanges « maison » ?

Dans les accidents de désherbage, certains avaient ajouté au mélange du gros sel, du liquide vaisselle, du bicarbonate, un fond de désherbant, du gazole, de la soude, voire un galet de chlore pour piscine. Aucun de ces ajouts ne rend l’opération plus sûre.

Plus largement, l’Anses liste ce qui rend les recettes faites maison dangereuses :

Le piège Pourquoi c’est un risque
Des ingrédients toxiques ils exposent celui qui prépare comme celui qui utilise
Des doses floues « une pincée », « une cuillère de… »
Des noms ambigus la « soude » peut désigner quatre produits, du plus doux au plus corrosif
Des mélanges réactifs certaines associations déclenchent des réactions chimiques dangereuses
Des contenants inadaptés bouteille alimentaire, bouchon non sécurisé, pas d’étiquette

La règle qui en découle est simple : un produit à la fois. Le vinaigre blanc, le bicarbonate de soude ou le percarbonate de sodium ont chacun leur usage ; nos bancs d’essai disent lesquels, et avec quoi ne jamais les associer.

Le transvasement : l’autre accident

Le mélange n’est pas le seul danger. Verser un produit ménager dans une bouteille d’eau, de soda ou dans un verre fait perdre son nom, son mode d’emploi, ses pictogrammes de danger et son bouchon de sécurité.

De 2017 à 2021, les centres antipoison ont reçu plus de 6 000 appels par an pour ces accidents, surtout des ingestions de produits de nettoyage transvasés dans des bouteilles d’eau. Sur cinq ans, 108 intoxications ont été graves, 24 personnes ont gardé des séquelles et cinq sont décédées.

Les recommandations de l’Anses :

  1. Gardez chaque produit dans son emballage d’origine.
  2. Si vous devez diluer un produit, faites-le dans un contenant adapté, avec un bouchon sécurisé si le produit est dangereux, et collez une étiquette : nom du produit, et mention de la dilution.
  3. Photographiez le code UFI du produit d’origine, un code de 16 caractères imprimé près du nom ou des informations de danger : il permet aux centres antipoison d’identifier sa composition.
  4. Ne rangez jamais de produit ménager dans le réfrigérateur, ni à côté des aliments et des boissons.
  5. Rangez-les hors de portée des enfants, de préférence dans un placard fermé à clé.

Les enfants ne sont pas épargnés par les recettes maison non plus : plus d’un tiers des appels liés à ces préparations concernaient des enfants de un à six ans, souvent présents pendant la préparation.

En cas d’accident : les bons réflexes

Si quelqu’un a respiré un mélange de produits :

  1. Sortez de la pièce, et faites sortir la victime, sans respirer vous-même les vapeurs.
  2. Aérez en grand si vous pouvez le faire sans vous exposer.
  3. Appelez le 15 si la personne est inconsciente, ne respire pas ou respire très difficilement.
  4. Sinon, appelez immédiatement un centre antipoison, sans attendre que des symptômes apparaissent. L’Anses indique le 01 45 42 59 59, joignable 24 heures sur 24. Les numéros des huit centres régionaux figurent aussi sur le site des centres antipoison.
  5. Gardez l’emballage sous la main : on vous demandera ce qui a été mélangé, en quelle quantité, et l’âge et l’état de la personne.

Les autres numéros d’urgence restent valables : le 18, le 112, et le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes.

Aucun gain de temps ne justifie un mélange. Un produit à la fois, toujours dans son flacon d’origine.

D’où vient ce qu’on avance

  1. Anses et centres antipoison — Vigil’Anses n° 19, « Désherbage : n’utilisez jamais de mélange eau de Javel et vinaigre » (mars 2023)
  2. Anses et centres antipoison — Vigil’Anses n° 22, « Transvaser un produit ménager dans un contenant inadapté : une très mauvaise pratique à l’origine d’accidents graves tous les ans » (avril 2024)
  3. Anses et centres antipoison — Vigil’Anses n° 25, « Do-It-Yourself ou Don’t do it yourself : méfiez-vous de certaines recettes » (mai 2025)
  4. Association des centres antipoison et de toxicovigilance — Premiers secours